1. La guerre en 1916

1.1. Verdun

Verdun… un nom qui concentre à lui seul toutes les résonances de la Grande Guerre au point d'avoir acquis dans la mémoire collective française le statut de mythe. Le nombre de victimes d'abord, puisque les historiens s'accordent aujourd'hui sur le chiffre de 700 000 (soit les morts, blessés et disparus) à peu près également partagés entre les deux armées. La nature même de la bataille ensuite, car nous sommes dans le contexte d'un face-à-face exclusif entre Français et Allemands. Enfin, les moyens engagés de part et d'autre : des bombardements d'une puissance inconnue jusqu'alors réalisés par plus de 1000 pièces d'artillerie lourde allemande ; la pugnacité, côté français, à mobiliser toute l'énergie nationale pour alimenter le Léviathan en hommes et matériel par cet étroit corridor baptisé "Voie sacrée".

On se bat à Verdun du début 1916 jusqu'en 1918 mais la "bataille" proprement dite fait irruption par surprise avec l'offensive impériale du 21 février 1916 pour s'achever au mois de décembre de la même année. Pour le général von Falkenhayn, il s'agit avant tout de rationaliser la ligne de front en gommant le saillant de Saint-Mihiel par la prise de Verdun dont on sait les forts désarmés. La volonté de "saigner à blanc" l'armée française par un point de fixation où elle viendrait s'épuiser est un mythe encore trop souvent colporté et visant à légitimer a posteriori l'échec du Reich. On observe d'ailleurs que c'est la stratégie allemande qui "fixe" les mêmes troupes tout au long de l'année en comblant au fur et à mesure les pertes des unités engagées, toujours les mêmes. L'état-major français opte, quant à lui, pour une rotation de l'ensemble des armées afin d'éviter l'épuisement. La conséquence directe de ce turn over est que Verdun s'identifie pour le poilu à une expérience partagée qui s'inscrit dans la conscience nationale et porte en elle les racines de la légende.

Les échos de la bataille en Meurthe-et-Moselle sont importants et immédiats. Des témoignages oraux ont transmis le souvenir (fantasmé ?) des coups sourds des explosions dans le lointain et d'un rougeoiement du ciel à l'horizon, tel un orage menaçant et continu. On suit par la presse l'évolution des combats ; on observe l'intensité des mouvements de troupes et de matériel pour saisir la pulsation de l'affrontement ; on apprend par le bouche-à-oreille la longue litanie des victimes. À Nancy, on suit tout particulièrement l'engagement de la 11e division d'infanterie (la Division de fer) qui entre dans la fournaise de la fin mars au 12 avril 1916.

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