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Michel Dinet, député (1988-1993)

Le fonds des archives parlementaires de Michel Dinet (1948-2014)
aux archives départementales de Meurthe-et-Moselle (175 J)

par Paul Bastier1


Michel Dinet fut, mais ce sont ses mots à lui, un « député moyen »2, soucieux de travailler au plus près de ses électeurs, à leur service, dans une démocratie tissée de rapports humains. Son activité de député ne saurait être considérée comme le fait d’un homme seul, mais plutôt, de l’aveu de Michel Dinet lui-même, comme le travail d’une équipe, de « copains »3 qui partagent tant les succès que les échecs.
Né en 1948 à Neufchâteau (Vosges) et décédé tragiquement en 2014 à Allamps, Michel Dinet avait effectué sa formation à l'école normale d'instituteurs de Nancy. En 1970, il est nommé à Vannes-le-Châtel, village dont il est élu maire en 1972. Membre du parti socialiste, il est élu député de la 5e circonscription de Meurthe-et-Moselle en 1988 (IXe législature de la Ve République), battant le général Bigeard, mais n’est pas reconduit en 1993. À partir de 1978, date de sa première élection comme conseiller général du canton de Colombey-les-Belles, il est régulièrement réélu au conseil général. La présidence de l’assemblée départementale lui est confiée en 1998 ; il la conserve jusqu'à son décès en se signalant particulièrement par son investissement en faveur du développement local.
Les archives de député de Michel Dinet ont été remises en 2014 par Marie-Odile Crosnier, assistante du député. Leur classement permet désormais de rendre cet ensemble consultable par le public, en tenant compte des délais de communicabilité protégeant la vie privée et le secret médical. Il faut souligner qu’on ne disposait jusqu’à présent, comme source pour étudier le mandat de député de Michel Dinet, que du chapitre 3 de l’ouvrage Réenchanter la Démocratie4  qui offre un témoignage unique. De ce fait, ce fonds d’archives constitue une source complémentaire précieuse. Aux archives de Meurthe-et-Moselle, ce fonds d’homme politique lorrain en rejoint quelques autres (Jean-Yves Le Déaut, Évelyne Didier, François Guillaume, Louis Marin, Daniel Reiner, …).
Le profit à tirer de l’étude de ce fonds se décline principalement autour de trois axes. En premier lieu, ce fonds présente un intérêt certain pour l’histoire de la vie politique de la Ve République tant au niveau local que national et international ; en second lieu, pour l’histoire économique et sociale ; enfin pour l’étude de la vie politique de Michel Dinet dans une perspective biographique. Il permet aussi de repenser, avec lui, le rôle du député.



La vie politique


Les grandes causes internationales et l’opinion publique

La situation au Kosovo, notamment la question de l’aide humanitaire5, ont retenu l’attention de Michel Dinet, mais c’est la guerre du Golfe qui le conduit à s’exprimer. Écrivant à un officier de l’armée de l’air à la base aérienne 136 de Toul-Rosières, Michel Dinet affirme son soutien et celui de toute la nation aux troupes françaises engagées sur le théâtre d’opérations du Golfe : « Au moment où va s’engager l’offensive terrestre des forces alliées dans le Golfe, je vous demande de bien vouloir redire à vos hommes la reconnaissance et la confiance qui leur sont portées par la population civile du Pays et notamment celle du Toulois. De nombreux témoignages se sont déjà exprimés. Ils sont la preuve quotidienne de l’adhésion du pays à la position adoptée dans ce conflit au service du Droit International et de la Paix, par le Président de la République et le Gouvernement ; position très largement soutenue le 16 janvier dernier par le Parlement. Ils sont le nécessaire soutien de la République à notre Armée »6. Pourtant cette vision idéale de l’engagement militaire de la France dans la guerre du Golfe est loin de faire l’unanimité. Certaines voix s’élèvent même ouvertement contre la participation française, en témoigne cet échange de correspondance en janvier 1991 : « (…) je me pose beaucoup de questions à propos de la crise du Golfe. Comment peut-on nous dire que c’est pour la liberté et les droits de l’homme, alors que nous n’avons pas bougé lorsque l’URSS a envahi l’Afghanistan, que nous avons laissé les Syriens envahir le Liban, que nous nous moquons du Libéria (…). La société de consommation exige le sacrifice de la vie de milliers d’hommes jeunes sur l’autel du pétrole, et c’est un gouvernement socialiste qui les livre ! Combien de fils de ministres et de députés sont en première ligne en Arabie Saoudite ? Mitterrand accepterait-il la mort de ses deux fils pour cette cause supérieure ? (…) Pourquoi les socialistes ont-ils continué à vendre des armes à l’Irak ? Viennent-ils seulement de découvrir que Saddam Hussein est un dictateur ? »7. Questions auxquelles Michel Dinet répond d’une note manuscrite, en proposant une rencontre directe qui nous prive des éléments de réponse apportés. Mais le député invite à la prudence : « En tous cas attention à des affirmations hâtives : Mitterrand accepterait-il que ses deux fils… d’abord parce que je ne saurais répondre, ensuite parce que c’est évacuer un peu simplement un problème de conscience fort grave. Je garde le sentiment profond que le Président reste depuis six mois un artisan de paix d’une lucidité et d’un sang-froid incontestables ». Sur ces questions de politique internationale dont Michel Dinet n’est pas un spécialiste, il fait le choix de l’union nationale, de la solidarité à l’égard de son parti et de son gouvernement, en toute confiance. Ce désir de loyauté à l’égard des siens, cette volonté de s’abstenir de critiques qui pourraient nuire à l’unité de la nation, ne sont pas toujours bien compris de ses correspondants. Elles tissent pourtant inlassablement la trame de son action politique.
De même la visite de Yasser Arafat à Paris entraîne-t-elle une réaction d’inquiétude de la part de la communauté israélite de Meurthe-et-Moselle, qu’elle manifeste auprès du député8.

Les relations avec d’autres États peuvent conduire à solliciter le député, comme truchement auprès du gouvernement. Ainsi reçoit-il en 1989 une demande d’intervention auprès du président de la République : « J’ai pensé m’adresser à vous pour transmettre à la présidence de la République la requête du docteur [S.] (…). Cette lettre nous a été confiée par les gens qui logent ce docteur (…) [qui] leur a remis sa lettre en nous priant de la faire parvenir au président de la République, avant sa visite officielle à Berlin-Est, au début de septembre. J’ai préféré néanmoins la faire transiter par vous, pour la compléter quelque peu. (…) »9. Précisément, le docteur S. a profité d’un congrès international pour passer à l’Ouest, mais sans doute a-t-il sous-estimé la mauvaise volonté des autorités de la République démocratique allemande pour laisser sa famille le rejoindre : « sa femme a essayé par la suite de le rejoindre mais les communistes lui ont opposé un refus d’émigrer définitif ». Le docteur S. « (…) espère que sur intervention du président lors de son voyage à Berlin-Est, ceux qui y exercent le pouvoir dans les conditions bien connues, autorisent finalement Frau [S.] et leurs deux enfants à sortir de la République prétendue démocratique et allemande ». Lors de la réunification de l’Allemagne, c’est à cette famille que va d’emblée la pensée du député : « C’est avec un réel plaisir que j’ai appris l’ouverture de la frontière entre Berlin Ouest et Berlin Est, j’ose espérer que Monsieur S. est à nouveau réuni avec sa femme et ses enfants ». C’est en effet chose faite avant la fin de l’année 198910.

Mais Michel Dinet n’attend pas toujours d’être saisi par des habitants de sa circonscription ou plus largement du département pour s’exprimer. Avec en toile de fond la traque du chef terroriste du groupe du Sentier lumineux, Abimael Guzman, qui a inspiré le célèbre film de John Malkovitch, Dancer Upstairs, il proteste contre les crimes couverts par le gouvernement péruvien dans une lettre ouverte au ministre des Forces armées du Pérou, en février 1990 : « Nous n’ignorons pas les exactions commises par certains groupes subversifs, tels que le « sentier lumineux ». Mais le président de la République a déclaré « qu’on ne saurait combattre la barbarie par la barbarie ». Or nous avons connaissance de cas précis montrant que cet engagement n’est pas respecté. (…) Ce sont les exécutions extra-judiciaires (…) des enfants d’Accomarca, 28 enfants de 3 mois à 14 ans, dont nous possédons les noms, exécutés à la mitrailleuse et brûlés dans leurs maisons incendiées. Les responsables, connus, de ces exécutions n’ont pas été traduits en justice, comme le président de la République en a pris l’engagement, ou bien ils ont été absous et fait l’objet de promotions. Nous considérons ces actions comme des crimes contre l’humanité. Mais que dire de l’horreur qu’elles soulèvent quand elles sont perpétrées contre de tout jeunes enfants ou des adolescents »11.


Face à la politique nationale et aux « affaires »

À la croisée des politiques nationales et internationales, l’attachement à l’Europe est fondamental. Dans une lettre circulaire adressée à un ensemble de personnes sollicitées pour participer à une réunion publique sur le traité de Maastricht, Michel Dinet évoque avec conviction son attachement à l’Union européenne : « À l’Assemblée nationale le 13 mai 1992, puis au congrès de Versailles le 23 juin suivant, j’ai voté oui au projet de réforme constitutionnelle préalable à la ratification du traité de Maastricht. Il va sans dire que ce vote est conforme à mes convictions et à mon engagement résolu pour l’Union et la construction européenne »12. Sur le terrain, il s’efforce ainsi de sensibiliser.
La participation du député à la commission d’aménagement du territoire l’engage à prendre la parole pour défendre une politique plus volontaire. Michel Dinet sait convaincre avec humour quand il veut démontrer que la vie urbaine n’est pas une évidence, ni un état de supériorité sur la vie rurale : « Je vais vous livrer une citation de Mirabeau (…) : « Les hommes, c'est comme les pommes, quand on les entasse, elles pourrissent. » (…). Ecoutez, moi je suis quelqu'un qui vient de sa province, et qui a toujours l'impression d'avoir gardé ses bottes quand il monte dans le métro. Je le prends toutes les semaines et, chaque fois, je constate que dans le métro les gens courent, qu'ils grimpent en courant les escaliers mécaniques, qu'ils se « bourrent» dans les wagons. Et, comble du comble pour moi qui ai plutôt le sens du contact, ils ne s'adressent jamais un mot de tout le voyage ! Est-ce cela que l'on appelle le « bien-vivre » ? Certes, dans certains quartiers on vit bien, mais globalement qu'en est-il ? Les déséquilibres dont je parle conduisent à des « mal-vivre », des « mal-vivre» urbains et des « mal-vivre » ruraux. (…) À la limite, je me demande même si la « réussite urbaine », telle qu'on nous la présente, vaut mieux que l'« échec rural »13.
N’échappant pas aux remous de l’affaire Boudarel14, Michel Dinet témoigne de la prudence, de la conscience et de l’humanité qu’il sait déployer dans un contexte polémique et sensible : «  Votre indignation est tout à fait compréhensible. Je comprends fort bien que votre passé et le souvenir de camarades ayant subi la vie (peut-on encore utiliser ce mot ?) dans les camps de prisonniers Viet-Minh (sic) provoquent une réaction aussi passionnée. (…) Je ne peux oublier les yeux de mes interlocuteurs venus me parler, documents à l’appui, de leurs souffrances physiques et morales lorsqu’il s’est agi d’accélérer par la loi la reconnaissance nationale envers les prisonniers du Viet-Minh. (Sachez que c’est l’un des premiers dossiers, qu’en tant que jeune parlementaire, j’ai modestement mais fermement fait avancer à l’Assemblée nationale). Je mesure bien alors, quelles qu’aient été ses motivations politiques, à quel niveau doivent être placés les actes de Monsieur Boudarel : ils relèvent de la traîtrise vis-à-vis de ses compatriotes, qui sont loin effectivement d’être tous des colonialistes, même si vous me permettrez d’être beaucoup plus réservé sur la politique française de l’époque. Que dire aujourd’hui ? Quelle attitude adopter ? Depuis la réception de votre courrier, j’ai lu à peu près tout ce qui a pu être écrit sur ce sujet. J’ai par hasard vu l’émission télévisée du 27 mars 1991 sur TF1 et entendu les propos assez lamentables de Monsieur Boudarel… Le meilleur texte me semble celui signé de Jacques Julliard (…) »15.
À propos des difficultés rencontrées par des familles de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, Michel Dinet envisage d’emblée des moyens de prise en charge à une autre échelle : « Ne conviendrait-il pas, face à ce vrai problème que constitue la prise en charges (sic) des personnes atteintes par cette maladie, de réfléchir à une initiative collective permettant d’aller au-delà du simple constat pour envisager les moyens réels de venir en aide aux familles des malades ? »16.
D’autres débats d’actualité occupent le député, comme celui sur les retraites17, sur la semaine de 30 heures18, ou autour du voile islamique, de la laïcité, de l’immigration19. De la même façon, la question de la sidérurgie en Lorraine occupe et préoccupe Michel Dinet20
 Le projet de loi sur la bioéthique, dont la discussion a commencé le 19 novembre 1992, constitue un temps fort du mandat. Il s’en souvient avec émotion : « (…) je me suis impliqué avec intérêt sur une partie des lois d’éthique biomédicale. Un article du Monde rendant compte de ce débat me cite en parlant de ce député instituteur qui écrit à la main ses interventions. En une vingtaine de lignes, la journaliste avait bien résumé ma situation singulière et mon grand isolement au sein du groupe »21. Michel Dinet en a précieusement conservé une copie22 « M. Dinet ne cache pas que ce texte sur la bioéthique et la qualité du débat qui prévaut à son examen l’ont rassuré sur l’exercice de son mandat de député (…). Il lui est souvent arrivé depuis son élection de s’interroger sur l’utilité de sa fonction. "J’étais déçu et surpris de constater que le plus souvent l’Assemblée nationale était un lieu où l’on ne débattait pas" »23. L’article renseigne sur les circonstances fortuites qui ont poussé Michel Dinet sur le devant de la scène : « Lorsque les trois projets de loi sur la bioéthique ont été déposés, M. Dinet a demandé, sans se faire trop d’illusions, à être membre de la commission spéciale chargée de les examiner. Le sujet le passionnait, mais il pensait alors que le groupe socialiste lui préfèrerait un député moins obscur. Surprise, il n’y avait que quelques rares candidatures… et la sienne fut retenue. Pendant plusieurs semaines il a assisté aux séances de travail, sans jamais intervenir dans les débats (…) »24. Pour Michel Dinet, la loi sur la bioétique offre l’occasion de confronter ses idées « naïves » comme il les appelle lui-même, aux lignes de force qui traversent le débat politique. Il confie : « Ce qui se discute là (…) correspond vraiment aux préoccupations des gens. C’est comme cela qu’on réconciliera le terrain et la politique »25. Et de rappeler en séance, le 20 novembre 1992 : « J'ai apprécié notre travail en commission et, pour le jeune député que je suis, ce débat m'apparaît comme l'un des plus passionnants que j'aie vécus ! »26. Il est même allé jusqu‘à demander au service vidéo de l’Assemblée nationale une copie des films correspondant au temps de parole de plusieurs parlementaires socialistes dont Jean Auroux, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale27.. Henri Emmanuelli, alors président de l’Assemblée nationale, rend hommage le 25 novembre 1992 à la commission spéciale : « À l'issue de ce débat, je voudrais, moi aussi, vous remercier pour le travail que vous avez fourni, mes chers collègues, en particulier les membres de la commission spéciale. J'ai été passionné par ces discussions. Et si je n'ai pas toujours tout compris, j'ai beaucoup appris, ce qui est l'essentiel ! Merci, également, monsieur le ministre, pour votre participation si intéressante, si passionnante. J'espère que ce débat aura contribué à revaloriser le travail parlementaire et notre assemblée. (Applaudissements sur de nombreux bancs.) »28.
Pourtant, entre le terrain, le local, et la « grande politique », l’écart se révèle difficile à réduire et, a posteriori, il reconnaîtra la part de simplicité réductrice de sa conception de la politique : « Moi, j’arrive avec la volonté de représenter le mouvement des pays, de lui donner une visibilité nationale. Avec le recul, j’estime que c’était d’une grande naïveté. On ne fait pas changer le national à partir du local. Cela ne marche pas ! J’en étais totalement convaincu, ce qui, je vous l’accorde, est la preuve d’une grande inconscience »29. Ce débat illustre en tout cas l’asymétrie des relations entre la capitale et les départements, que s’est attaché à dénoncer Michel Dinet : « (…) en France, il existe un impérialisme du national qui refuse de voir ce qui se fait localement »30.

Au fil des débats nationaux et des votes à l’Assemblée, Michel Dinet a été frappé par l’attitude coercitive de son groupe parlementaire au point de se faire adresser par le service de documentation un dossier sur le droit de vote des parlementaire31 : « Une donnée de base a déterminé le fonctionnement de l’Assemblée nationale : le groupe socialiste n’avait pas de majorité absolue, si bien qu’il fallait sur chacun des textes s’assurer qu’il y avait bien une majorité pour le voter. De ce fait, une organisation quasi-militaire avait été mise en  place pour éviter de se trouver en minorité. Nous étions des soldats, des mercenaires chargés d’appliquer les consignes de l’exécutif »32.


Économie et société

Les archives parlementaires de Michel Dinet révèlent l’implication du député en faveur des agriculteurs de Meurthe-et-Moselle, notamment lors de la négociation des accords du GATT, en 1988-199233. Il faut les lire à la lumière du rapport d’information du sénateur Roland du Luart sur le bilan de la politique agricole menée depuis 1988 et les négociations du GATT34, des procès-verbaux de séances à l’Assemblée de la IXe législature (novembre 1992) ou encore de la revue scientifique Économie rurale35.
Les relations avec les agriculteurs sont également étroites dans le contexte des opérations d’aménagement foncier36 ou encore des réformes fiscales pesant sur les exploitants agricoles. Le nombre des dossiers de suivi d’exploitations agricoles est révélateur37 ; confirmé par relevé des interventions sur ce sujet à partir des tables nominatives des débats à l’Assemblée nationale. Par exemple, le 24 juin 1992, à la 2e séance, Michel Dinet expose ses projets de réforme en faveur des agriculteurs : « Quand fera-t-on enfin la distinction entre revenus de l'exploitation et revenus de l'exploitant ? L'activité des jeunes et leur installation doivent être confortées parallèlement à l'incitation au départ des plus anciens. La dette des jeunes devra impérativement être renégociée et réaménagée dans certains cas. Les transmissions devront être facilitées en tenant compte de ceux qui quittent et de ceux qui s'installent. Le dispositif de préretraites devra être prolongé. Cette restructuration doit être maîtrisée et contractualisée ». Le 5 novembre 1992, à la 3e séance, Michel Dinet poursuit sur sa lancée : « Sur la base d'une approche de marché et de services rendus, payés au prix où ils peuvent être estimés, il me semble possible d'inventer en milieu rural des métiers nouveaux, dans les domaines de l'environnement, des travaux forestiers, de l'embellissement des communes ou du déneigement. Et l'on pourrait encore imaginer d'autres services, car les créneaux sont nombreux. Ne serait-il pas possible de mettre sur pied un groupe de travail et de réflexion pour cerner les marchés solvables ? Les agriculteurs souhaitent en effet être payés pour leur travail. Ils peuvent l'être par le biais des productions pesées, des productions classiques, mais aussi pour les services qu'ils rendent. Pour cela, il faut, dans le cadre d'une politique contractuelle liant départements et structures intercommunales, trouver des moyens nouveaux permettant de mettre en place, sur le terrain, ces nouveaux services. ». Jean-Pierre Soisson, alors ministre de l’Agriculture et du Développement rural, s’il ne rejette pas le principe de tels dispositifs en renvoie la conception et la mise en œuvre à l’échelon local : « Il y a des possibilités, j'en suis persuadé. Nous n'allons pas les définir au plan national. Dans cette affaire, je crois à la contractualisation. La base doit être la structure intercommunale ou le comité de développement, à qui il revient de présenter un projet puis d'en solliciter le financement par le département, la région et l'État. »38.
En septembre 1990, il répond à un agriculteur : « J’ai bien reçu votre courrier du 29.10.90. J’y sens une grande amertume dont je suis particulièrement touché. (…) J’ai le sentiment que la loi que nous avons votée en 1989, concernant l’adaptation de l’agriculture à son environnement économique et social, et notamment son volet social, constitue une très grande avancée dont bénéficieront surtout, c’est vrai, les actifs agricoles d’aujourd’hui, retraités de demain. Vous savez aussi que la situation des retraités d’aujourd’hui est le résultat malheureux de la position d’une corporation qui, comme d’autres, n’a pas souhaité adhérer, à la sortie de la guerre, au régime général… Je sais que ce courrier ne répondra pas à vos attentes, mais je sais aussi, pour avoir eu le plaisir de dialoguer avec vous, que vous n’êtes pas d’un tempérament à vous "replier dans votre coquille" ».39

Le monde de l’entreprise en Meurthe-et-Moselle est évidemment bien représenté dans les dossiers du député40, avec par exemple Kimberly Clark41, dont l’implantation en Lorraine constitue un enjeu pour l’emploi ; il n’hésite pas à recommander auprès de la société, sans promesse d’embauche, les demandeurs d’emploi qui s’adressent à lui42.
Comme maire de Vannes-le-Châtel, qui compte des verreries depuis le XVIIIe siècle, mais aussi par sensibilité personnelle à l’art en général et aux arts graphiques et du verre en particulier, Michel Dinet s’engage pour le maintien de l’activité autour de la création et la production43 ; il soutient notamment la création du Centre européen de recherche et de formation aux arts verriers (CERFAV), en 1991.

L’intérêt évident pour les questions sociales et de solidarité s’appréhende de façon plus diffuse que les questions économiques et de développement du territoire, les unes et les autres étant liées. L’importance que le député leur accorde se lit à travers le traitement des demandes d’intervention qui lui sont soumises44.



Des clés pour comprendre l’homme politique

Homme de conviction et de conscience, libre, sa pensée politique ne saurait se saisir à travers l’une ou l’autre grille de lecture. Agnostique, les dossiers qu’il a constitués trahissent intérêt voire vraie sympathie pour des chrétiens de gauche, journalistes, syndicalistes ou hommes politiques comme Didier Hassoux, de Témoignage chrétien45, Jacques Chérèque, compagnon de route, conseiller et ami, ou Michel Rocard en dépit d’une place marginale dans le courant rocardien que Michel Dinet regrette : « Effectivement, je suis considéré comme un député rocardien (…) pour autant, au sein du courant rocardien, personne ne s’intéressait vraiment à l’expérience originale que je portais ».
Sa correspondance de député met en exergue quelques traits saillants de sa personnalité, à commencer par sa rigueur morale et son attachement aux valeurs républicaines. Elle confirme que ces qualités-là ont forcé l’admiration de ses contemporains, et combien il s’attachait à les cultiver.
Une lettre du préfet Désiré Carli au ministre de l’Intérieur, du 14 septembre 1988, est particulièrement éloquente à cet égard : « Comme l’écrivait Mme de Sévigné à Coulanges, le 15 décembre 1670 : "Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue…". Il s’agit d’un député qui ose répondre à un automobiliste verbalisé pour excès de vitesse qu’il n’interviendra point en sa faveur auprès du préfet ! Vous trouverez ci-joint copie de sa lettre à la fois ferme et courtoise, et qui dit très bien ce qu’elle veut dire. J’ajoute que ce député - M. Dinet - n’est pas un naïf qui fait fi de l’opinion de ses électeurs. C’est au contraire un homme très près d’eux. Aux dernières élections législatives, M. Dinet a battu le général Bigeard. Dans la commune dont il est le maire - à Vannes-le-Châtel, 563 hab. – il a obtenu 80 % des suffrages exprimés. Il faut croire qu’il y a une manière de « parler vrai » qui plait aussi bien aux électeurs qu’au préfet… Je souhaite vivement que l’exemple de M. Dinet soit suivi par tous les élus, car le moindre procès-verbal donne lieu à une multitude d’interventions de leur part. Et chacun sait que pour un préfet, désobliger un élu est une des choses les plus détestables qu’il lui soit donné d’accomplir ! ». Et le premier ministre Michel Rocard, qui a également eu l’information pour sa part, tout comme le président de l’Assemblée nationale et le ministre chargé des transports, de répondre : « Puisse l’attitude exemplaire de M. Dinet être imitée le plus souvent possible ».46
Michel Dinet a pris soin de s’informer auprès du service de documentation de l’Assemblée nationale sur la nature de la réserve parlementaire et la façon de l’utiliser. Les pièces conservées dans le fonds permettent de mesurer l’intérêt du dispositif lorsqu’il s’agit d’intervenir dans l’urgence, sans attendre que le gouvernement octroie des subsides. L’aide apportée à la préservation du château de Thorey-Lyautey peut servir d’exemple. Le député écrit ainsi au président de l’Association nationale maréchal Lyautey, Pierre Geoffroy, en décembre 1991 : « Par courrier du 26 juillet dernier, je n’avais pas manqué de saisir Monsieur le ministre de la Défense sur la demande d’aide financière de votre association. La réponse qui vient de m’être communiquée est négative. Cependant, le ministère pourrait participer au financement d’une manifestation ponctuelle de votre association. J’ai par ailleurs œuvré pour que, sur la réserve parlementaire, un crédit de 250 000 francs sur les crédits du tourisme soient dégagés pour le château de Thorey-Lyautey. ».47
Toujours soucieux de rester dans la plus parfaite légalité, Michel Dinet affirme haut et fort à plusieurs reprises son respect du principe de la séparation des pouvoirs et son refus catégorique d’intervenir lorsque la justice est saisie. Ainsi en octobre 1989 : « Faisant suite à l’entrevue que vous avez eue avec un de mes collaborateurs (…), je vous confirme que, fidèle à mes principes républicains, je m’interdis d’intervenir lorsque la justice est saisie d’une affaire »48. Il se refuse de même à s’immiscer dans les affaires des collectivités locales : « Je tiens (…) à vous informer qu’en ma qualité de député, je n’ai pas à m’ingérer dans les affaires communales. Une intervention de ma part serait non seulement contraire à mes convictions profondes mais également néfaste à la bonne marche de la démocratie locale »49. À titre anecdotique, on notera que la seule entorse de Michel Dinet à ces principes, toujours d’après les pièces conservées dans le fonds, tient dans une petite poignée d’amendes pour stationnement irrégulier.50
Le député de Meurthe-et-Moselle se caractérise par son attachement à la transparence. Il signe la proposition de loi organique relative à la déclaration du patrimoine des parlementaires, en 1992, et accepte dans ce contexte de répondre à une enquête de l‘hebdomadaire L’Express sur le patrimoine des élus, qui montre bien sa condition modeste51 : « Pour ce qui me concerne, mon patrimoine est d’une grande simplicité : marié sous le régime de la communauté, je suis propriétaire d’une maison d’habitation sise à Vannes-le-Châtel (commune de résidence) acquise en 1979 pour un montant de 30 000 francs et dans laquelle j’ai effectué 450 000 francs de travaux en 1980. Je possède également deux véhicules de tourisme (Clio et R 19) et un compte d’épargne de 50 000 francs »52.
Ses qualités valent à Michel Dinet l’estime et même l’admiration, doublées d’une confiance dans l’effet régénérateur que son comportement peut avoir sur la classe politique : « (…) La justesse et la froideur de ton analyse m’ont impressionné fortement. Pour fréquenter un peu le milieu politique, je pense qu’il y a peu d’hommes et de femmes capables de telles considérations. (…) Ta démarche est différente, c’est pourquoi je l’apprécie. Homme de terrain, leader d’une équipe, travailleur invétéré, militant aux convictions affichées : vous êtes peu, à mon sens, au Parlement à afficher une telle carte de visite (…). Ceci étant je ne suis pas de ceux qui claironnent à tout bout de champ que les politiques sont pourris. Il me semble que les interrogations qui parcourent les hémicycles seront bientôt, payantes. Le renouvellement de la classe politique et des convictions sont inéluctables à moyen terme. Sans cirage de pompe, je pense que tu es un de ceux qui peuvent concourir à ce renouvellement. À cette refondation il est donc nécessaire que tu t’accroches pour poursuivre cette tâche et celles que tu as, sans cesse, mises en œuvre, pour un autre développement des espaces ruraux du Toulois »53. Avec sensibilité et délicatesse, qui n’excluent pas un langage direct voire abrupt, le député refuse net de servir de modèle ou de faire valoir : « Ta réaction et ton mot spontané m’ont fait un réel plaisir, disons que ça fait du bien. Sur ta proposition d’article, j’aimerais avant toute décision en parler de vive voix. D’abord parce qu’il est difficile de réécrire ce qui est une forme de cri, voire d’appel, ensuite parce que, militant d’un travail collectif, je ne souhaite pas me donner une image originale sur le dos des copains, quel que soit le nombre de conneries qu’ils peuvent avoir générées individuellement ou collectivement. Enfin parce que nous sommes [près] des élections et le combat pacifique que je m’apprête à mener ne saurait s’appuyer ni sur la différence faite avec les autres (« l’exceptionnalité ») ni sur la condescendance. Il y a tellement d’hommes et de femmes qui souffrent plus que moi »54.

Le parler franc du député et ses engagements personnels le mettent parfois dans une position délicate, quand ses convictions se heurtent à la nécessité de rester solidaire des positions défendues par son parti politique, par exemple au moment de l’affaire du sang contaminé ou encore de l’affaire Urba-Gracco liée au financement du parti socialiste55. Dans une lettre à un habitant de sa circonscription, il évoque avec beaucoup de lucidité la loi n° 90-55 du 15 janvier 1990 relative à la limitation des dépenses électorales et à la clarification du financement des activités politiques : « Ce texte de loi est en lui-même très important. Il reconnait enfin, au-delà des traditionnelles hypocrisies, le financement public et privé des partis politiques et moralise le niveau de financement des campagnes électorales. Personne ne parle de cet aspect, mais à un moment où des pays se battent pour le pluripartisme, à qui fera-t-on croire longtemps que les partis peuvent vivre sans moyens financiers (personnel, moyens de communication, formation, organisation, etc…) ? N’oublions pas qu’avant cette loi, le fonctionnement des partis et les campagnes électorales [était censé] être directement [assuré] par les cotisations et les dons des militants et sympathisants. C’est cet état de fait qui a conduit, notamment en milieu urbain, à l’utilisation de moyens détournés. Qui peut encore croire que ces moyens sont à la hauteur des besoins ? Dans ce domaine aucun56 parti n’a de leçon à donner à personne. Alors, me dira-t-on, il faut dépenser moins pour les campagnes électorales, c’est vrai, la loi intervient en ce domaine, mais ce serait trop facile pour moi de schématiser : la campagne législative de Michel Dinet a coûté 120 000 Frs, dont 50 000 Frs environ d’aide publique et le solde venant intégralement d’actions militantes. Comment aurions-nous fait en milieu urbain où 400 000 Frs au moins auraient été nécessaires ? Cette loi était nécessaire : je l’ai votée »57.
Lorsque ses positions personnelles sont mises en minorité au sein du groupe, c’est la discipline de parti qui l’emporte, comme lors du vote d’adoption des mesures d’amnistie par amendement à la loi de financement des partis : « Venons-en à l’amendement permettant l’amnistie. Elle a été défendue par le député PS Jean-Pierre Michel, dont l’honnêteté ne peut être mise en cause par quiconque. Son argumentation était, en substance, la suivante : "Puisque la loi clarifie le financement des partis politiques, ne soyons pas hypocrites, effaçons en même temps à droite comme à gauche, les malversations constatées, sauf en cas d’enrichissement personnel, puisque la loi reconnaît aujourd’hui qu’elles ne le sont plus". C’est là qu’un certain nombre d’entre nous (j’en étais), nous sommes battus au sein du groupe en disant : la clause sur l’enrichissement personnel ne suffit pas, cet amendement « rétroactif » ne sera pas compris par l’opinion publique et aura un effet désastreux dont Le Pen fera des « choux gras »… (…) Nous avons débattu au sein de notre groupe, nous avons voté, nous étions minoritaires… Que fallait-il faire ? Se donner une virginité en ne respectant pas la discipline du groupe [?] (…) Alors voilà un premier cas de conscience douloureux. Ai-je manqué de courage ? Peut-être… à vous d’en juger. Ce qui me fait le plus mal aujourd’hui, c’est de constater que ce que j’avais senti se concrétise : l’effet est désastreux dans l’opinion publique et coûtera très cher à la classe politique en général ».58  Il a donc assumé, dans le contexte politique du moment, mais sa conscience a souffert de cette attitude qu’il qualifiera de « mercenaire » une vingtaine d’années plus tard, dans les entretiens menés avec Noël Bouttier.59

Pour œuvrer au plus près de ses électeurs, il se tient étroitement au courant de l’actualité locale et annote les coupures de presse réunies pour son information. Sur le terrain, il organise des permanences décentralisées à travers sa circonscription ; ils annoncent les rendez-vous de territoires qu’il mettra en place comme président du conseil général60.
Les témoignages de reconnaissance à la suite de l’appui apporté jalonnent la correspondance : « Je tenais à vous écrire pour vous remercier pour toutes les démarches que vous avez faites pour moi sur le sujet de l’exercice de l’autorité parentale et du mariage. J’espère que vous serez réélu car il est rare de nos jours de trouver des hommes politiques qui écoutent les citoyens (…) »61.. Un dossier de remerciements a même été constitué62.

Son langage direct, qui vient servir des convictions dont l’humanisme revendiqué transcende les clivages politiques, lui valent un capital de sympathie qui ne se limite pas aux bancs socialistes  : « Je conclurai mon modeste propos en disant que je suis prêt, comme chacun de vous, quels que soient les bancs sur lesquels nous siégeons, à prendre toutes mes responsabilités parce qu'il ne saurait en aucun cas être question de démission du politique dans les grands choix de société (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et sur plusieurs bancs des groupes Union pour la démocratie française et du Rassemblement pour la République.) ».


En guise de conclusion : être député sous la Ve République

Ce fonds pourrait servir à une étude prosopographique des députés de la Ve République tant il traduit bien, par son contenu et son articulation, l’activité d’un député dans le contexte politique national et international. Ce qui distingue le député Dinet, dans cet environnement, c’est cette alchimie de la conscience, de la droiture, d’une humilité empreinte d’humour, qui le conduisent à s’interroger en permanence sur son rôle et une mission qu’il conçoit comme un engagement et un service.

Sa conception du rôle de député et de sa fonction s’exprime dans son discours prononcé à la 3e séance du 20 novembre 1992 : « Le parlementaire de la République ne devrait assurer que le seul mandat de député ou de sénateur et disposer pour l'exercer de moyens plus importants. Si j'ai une certitude, aujourd’hui, c’est bien celle-là. ». Il s’empare ensuite d’un aspect fascinant et inquiétant à la fois du rôle du député, celui de trancher sur des questions qui dépassent les limites de ses compétences de spécialiste : « Or qui peut maîtriser dans cette noble assemblée tous les sujets que nous devons aborder ? Quelques génies... Il en est peut-être, je n'en ai pas encore vraiment rencontré. Mais, me direz-vous, il y a dans notre assemblée suffisamment de personnes qualifiées pour approfondir les questions traitées, sujet par sujet. C'est vrai, et j'en ai rencontré au sein de la commission spéciale de nombreux et de brillants, très respectueux d'ailleurs les uns des autres. Et il y a dans notre maison suffisamment de fonctionnaires brillants pour pallier les carences des non-initiés, dont je suis. Il y a dans nos ministères suffisamment de collaborateurs et de techniciens pour approfondir toutes les questions. Il y a, ici et là, de fins diplomates capables de négocier et de rassurer les forces extérieures. Mais, justement, ce qui concerne notre société ne peut pas être, ne doit pas être ‒ ils me pardonneront volontiers ‒ l'affaire des seuls spécialistes. ».
Toute la contradiction de la démocratie et la difficulté à faire accepter le parlementarisme résident dans la nécessité de faire décider des représentants qui sont avant tout des garants des intérêts de la société, majorités et minorités confondues, plutôt que des sages ou de purs spécialistes des questions abordées. Ceci laisse de la place pour l’honnête homme. C’est ainsi que Michel Dinet se définit : « Franchement, un député moyen - j'en suis (…) qui essaye, comme il le peut, de comprendre ce qu'il vote dans de nombreux et complexes domaines - si tant est, d'ailleurs, qu'il puisse influer sur le vote, mais c'est une autre question -, qui essaye, comme il le peut, de faire sur le terrain un travail de contacts réguliers avec la population - j'en suis, parce que je suis préoccupé, comme vous tous, par l'énorme décalage entre la population et ses responsables politiques, de quelque bord qu'ils soient - un député moyen, disais-je, n'a en aucun cas la possibilité de travailler au fond tous les domaines sur lesquels, au nom du suffrage universel, il est amené à se prononcer. Il encourt alors le risque de devoir s'en remettre aux spécialistes, élus ou non. Le risque est important. En effet, c'est ainsi que, de divagation en divagation, on peut parfois glisser vers l'irréversible, que des problèmes d'une société qui bouge très vite, trop vite, deviennent l'affaire d'une élite complètement coupée de la société réelle. Le citoyen ne s'y retrouve plus, la démocratie non plus. »
L’effort constant de proximité avec les électeurs, qui exclut chez Michel Dinet toute complaisance pour privilégier la pédagogie, et son exigence d’exemplarité de la part des élus sont portés par ses convictions, avant tout, mais aussi par le sentiment aigu que la démocratie est fragile et menacée.
Son intervention du 11 octobre 1990, à la 2e séance, résume bien le défi que les parlementaires et plus largement tous les élus ont à relever : « N'y a-t-il pas, dans ces débats parlementaires un peu dramatisés, l'expression trop sectorielle d'une société qui se cherche, au moment même où des bouleversements mondiaux changent toutes les données, tous les ordres établis, où la modification extraordinairement rapide des échanges, qu'ils soient marchands, d'information ou qu'ils concernent les déplacements des hommes, provoque dans la population une inquiétude mal contenue, souvent mal exprimée et lourde de toutes les explosions possibles, où le discours politique lui-même se cherche, parce que le choix confortable des idéologies et des certitudes n'est plus aussi facile ? (…) Si nous ne sommes pas capables de répondre aux interrogations et aux angoisses, le champ est ouvert aux réponses démagogiques et simplistes de tous les extrémismes ».


1 Élève à l’École nationale des chartes, auteur du classement et de    l’inventaire du fonds (2017).
2 Assemblée nationale, 20 novembre 1992.
3 Lettre au journaliste Didier Hassoux, janvier 1992 (175 J 23).
4 Dinet Michel, Réenchanter la Démocratie. Entretiens avec Noël Bouttier,    Paris, 2014, 115 p.

5 175 J 3.
6 175 J 4.
7 175 J 10.
8 175 J 3.
9 Lettre datée du 10 août 1989.
10 175 J 78.
11 175 J 3.

12 175 J 11.
13 Assemblée nationale, 13 novembre 1992.
14  Georges Boudarel (1926-2003), militant communiste, est nommé     professeur de philosophie en Indochine au lendemain de la guerre.     Il rejoint le Viet-minh puis passe au Tonkin en 1952. Il y est nommé     commissaire politique dans le camp de prisonnier 113. Identifié par le     député de Haute-Saône Jean-Jacques Beucler, une plainte pour crimes     contre l’humanité est portée contre lui en 1991 par d’anciens     prisonniers du camp 113. Des personnalités comme Pierre Vidal-    Naquet, Laurent Schwartz ou Madeleine Rebérioux prennent position     pour le défendre. La plainte est rejetée par la Cour de cassation en     raison de la loi d’amnistie de 1966.
15 175 J 5. Cf. Juillard Jacques, « Qui doit juger Boudarel ? », Le Nouvel     Observateur, 21-27 mars 1991.
16 175 J 68 : lettre au député Jacques Lavédrine (novembre     1992).br />17 Dossiers 175 J 6 et 12.
18 175 J 12.
19 175 J 7.
20 175 J 5.
21 Dinet Michel, op. cit., p. 44.
22 175 J 11 : P. R.-D, « La leçon de l’instituteur », Le Monde, 25     novembre 1992.
23 Ibid.
24 Ibid.
25 Ibid.
26 Assemblée nationale, séance du 20 novembre 1992, procès-verbal des     débats.
27 175 J 11 : lettre à Jean Auroux du 3 décembre 1992
28 Assemblée nationale, 1re séance du 25 novembre 1992, procès-verbal.
29 Dinet Michel, op. cit., p. 41-42.
30 Ibid., p. 42.
31 175 J 22.
32 Dinet Michel, op. cit., p. 41-44.

33 175 J 13 et 16.
34 Rapport d'information au Sénat n° 54, publié en annexe du procès-verbal de la     séance du 19 novembre 1992, composé par le sénateur Roland du Luart et fait     au nom de la commission des finances.
    Un siècle d’histoire française agricole, sous la dir. de Philippe Chalmin et André     Gueslin, Économie rurale, n° 184-186, 1988.
    Voir aussi à ce sujet : Dinet Michel, op. cit., p. 37-38.
    175 J 33-41.
35 Un siècle d’histoire française agricole, sous la dir. de Philippe Chalmin et André     Gueslin, Économie rurale, n° 184-186, 1988. 
36 Voir aussi à ce sujet : Dinet Michel, op. cit., p. 37-38.
37 175 J 33-41.
38 Assemblée nationale, 3e séance du 5 novembre 1992, débats.
39 175 J 38
40 175 J 33-42.
41 Société américaine de production de produits d’hygiène.
42 175 J 70-77.
43 175 J 33.
44 175 J 62-85.

45 175 J 23.
46 175 J 4.
47 175 J 23.
48 175 J 62.
49 175 J 34, lettre de mars 1992. 
50 175 J 26.
51 175 J 11.
52 Ibid., lettre du 7 août 1992.
53 175 J 23, lettre de Didier Hassoux, de Témoignage chrétien, du 26 janvier      1992.
54 Ibid.
55 175 J 11.
56 Souligné dans le texte.
57 175 J 5.
58 175 J 5.
59 Dinet Michel, op. cit., p. 41-44.
60 175 J 23-24.
61 175 J 69 : lettre de mars 1993.
62 175 J 24.

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